Mélatonine : ce qu’en dit l’agence sanitaire

Mis à jour le 8 septembre 2026

La mélatonine se vend en pharmacie, en grande surface et en ligne, sans ordonnance, sous forme de gélules, de gommes ou de sprays. Elle porte un nom d’hormone et une image de produit naturel, et cette combinaison est trompeuse : c’est parce qu’elle agit qu’elle demande des précautions.

L’agence sanitaire française s’est prononcée sur le sujet, et son avis est plus restrictif que ce que laisse penser la libre vente.

En bref

Dans un avis rendu le 23 février 2018, l’Anses a recensé 90 déclarations d’effets indésirables susceptibles d’être liés à des compléments alimentaires contenant de la mélatonine, remontées par le dispositif de nutrivigilance jusqu’en mai 2017. Elle en tire deux conclusions : certaines populations devraient éviter ces produits, et l’usage devrait rester occasionnel et surveillé par un professionnel de santé. Les effets rapportés vont des maux de tête et vertiges aux cauchemars, à l’irritabilité et aux troubles digestifs.

Que dit exactement l’avis de l’Anses ?

Le dispositif de nutrivigilance recueille les signalements d’effets indésirables liés aux compléments alimentaires. Entre sa création et mai 2017, il a reçu 90 déclarations mettant en cause des produits contenant de la mélatonine.

Ces effets sont variés et rarement graves pris isolément : maux de tête, vertiges, somnolence, cauchemars, irritabilité, tremblements, migraines, nausées, vomissements, douleurs abdominales. Leur intérêt n’est pas leur gravité, c’est qu’ils montrent que la molécule a une action réelle sur l’organisme.

L’agence recommande un usage limité à une prise occasionnelle, et un encadrement par un professionnel de santé plutôt qu’une automédication au long cours.

Qui devrait s’en abstenir ?

L’Anses distingue deux niveaux, et c’est une nuance que les résumés effacent souvent. Certaines populations ne doivent pas en consommer ; d’autres doivent demander un avis médical avant.

Population Recommandation de l’Anses
Maladies inflammatoires ou auto-immunes ne pas consommer
Femmes enceintes et allaitantes ne pas consommer
Enfants et adolescents ne pas consommer
Activité exigeant une vigilance soutenue, où la somnolence pose un problème de sécurité ne pas consommer
Épilepsie demander un avis médical
Asthme demander un avis médical
Troubles de l’humeur, du comportement ou de la personnalité demander un avis médical
Traitement médicamenteux en cours demander un avis médical

Le dernier point est celui qui concerne le plus de monde. « Sous traitement » recouvre beaucoup de situations ordinaires, et c’est la raison pour laquelle l’avis renvoie à un professionnel de santé plutôt qu’à une lecture d’étiquette. À l’échelle du pays, l’Anses situe le marché autour de 1,4 million de boîtes vendues par an, ce qui donne la mesure du nombre de personnes concernées par cette distinction.

Pourquoi la mélatonine n’est-elle pas un somnifère ?

Parce qu’elle n’agit pas sur le même levier. Un somnifère agit sur les mécanismes de l’endormissement. La mélatonine est le signal hormonal de l’obscurité : elle indique à l’organisme que la nuit commence, et elle décale l’horloge interne.

Cette distinction a une conséquence pratique directe. Une insomnie d’endormissement chez une personne dont l’horloge est correctement calée ne relève pas de la mélatonine. En revanche, un décalage d’horloge, comme après un vol transméridien ou dans un travail posté, correspond à ce que la molécule sait faire.

Elle explique aussi pourquoi l’heure de prise compte autant que la dose : prise au mauvais moment, elle décale l’horloge dans la mauvaise direction.

Que faire avant d’en acheter ?

  1. Vérifier la nature du problème. Un agenda du sommeil tenu deux semaines distingue un endormissement difficile d’un réveil précoce, et ces deux situations n’appellent pas la même réponse.
  2. Écarter ce qui empêche de dormir. Caféine tardive, écrans, sieste de fin d’après-midi, chambre trop chaude : ces causes se corrigent sans complément.
  3. Lire la liste des populations concernées. Un traitement en cours suffit à justifier un avis pharmaceutique avant l’achat.
  4. Regarder la dose affichée. Les produits disponibles couvrent une gamme large, et la dose n’est pas proportionnelle à l’effet recherché.
  5. Se donner une durée. L’avis parle d’usage occasionnel. Une prise qui s’installe sur des mois sort de ce cadre.

Ce que ces 90 signalements ne prouvent pas

La nutrivigilance repose sur des déclarations spontanées. Elle sous-estime toujours la réalité, parce que la plupart des effets indésirables ne sont jamais signalés, et elle ne permet pas de calculer une fréquence : on ignore combien de personnes ont consommé ces produits sans rien déclarer.

Un signalement n’établit pas non plus un lien de causalité. Il indique qu’un effet est survenu chez une personne qui prenait le produit, ce qui est une autre affirmation. C’est le travail d’imputabilité qui tranche, et il conclut rarement à une certitude.

Enfin, cet avis date de 2018 et porte sur les compléments alimentaires. Il ne dit rien des médicaments à base de mélatonine délivrés sur ordonnance, qui relèvent d’un autre cadre, avec une évaluation, une indication et un suivi. Confondre les deux est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet.

Questions fréquentes

La mélatonine crée-t-elle une dépendance ?

Ce n’est pas ce qui est décrit dans l’avis. Le motif de la limitation à un usage occasionnel n’est pas le risque de dépendance mais l’absence de données sur un usage prolongé.

Peut-on en donner à un enfant qui ne dort pas ?

L’avis inclut explicitement les enfants et adolescents parmi les populations qui devraient éviter ces compléments. La question se pose au pédiatre, pas au rayon.

À quelle heure faut-il la prendre ?

Cela dépend de l’effet recherché, avance ou retard de l’horloge, et cette question ne se règle pas seule. C’est précisément un des points qui justifie l’avis d’un professionnel.

Est-elle efficace contre le décalage horaire ?

C’est la situation qui correspond le mieux à son mode d’action, puisqu’il s’agit d’un décalage d’horloge. Les modalités de prise restent à discuter avec un pharmacien.

Une tisane fait-elle la même chose ?

Non, ce sont deux choses différentes. Une infusion agit par le rituel et, pour la camomille, par un effet digestif reconnu ; la mélatonine agit sur l’horloge biologique.

Précaution. Cette page rapporte un avis d’agence sanitaire. Elle ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien, en particulier en cas de traitement en cours, de grossesse, d’allaitement, d’épilepsie, d’asthme, de maladie inflammatoire ou auto-immune. Une insomnie installée depuis plus de trois mois relève d’une consultation.

Sources

Sources consultées le 8 septembre 2026, citées en texte simple.

  • Anses, avis du 23 février 2018 relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine, rendu public le 11 avril 2018
  • Anses, bulletin VigilAnses n° 5, dossier compléments alimentaires contenant de la mélatonine : vigilanses.anses.fr
  • Ordre national des pharmaciens, communication sur l’avis de l’Anses : ordre.pharmacien.fr