Échelle d’Epworth : comment se lit un score sur 24

Mis à jour le 8 septembre 2026

C’est le questionnaire qu’on vous tend en salle d’attente avant une consultation du sommeil, ou qu’on trouve en ligne quand on cherche à savoir si sa fatigue est normale. Huit questions, deux minutes, un score sur 24.

Le score sert à quelque chose, mais pas à ce qu’on croit. Il ne mesure ni la fatigue, ni la qualité des nuits. Il mesure une seule chose, très précise : la probabilité de s’assoupir quand on ne fait rien.

En bref

L’échelle a été décrite en 1991 par Murray Johns, à l’hôpital Epworth de Melbourne. Elle propose 8 situations passives, chacune cotée de 0 à 3, soit un total de 0 à 24. Au-delà de 10, la somnolence est considérée comme excessive et probablement pathologique. Attention : deux grilles d’interprétation circulent en France et elles ne se recouvrent pas exactement. Et surtout, deux personnes peuvent obtenir le même score en décrivant deux problèmes complètement différents.

Quelles sont les 8 situations ?

Elles ont un point commun : ce sont toutes des situations de faible activité, où rien ne vous tient éveillé de force. C’est délibéré, et c’est ce qui fait la validité de l’outil.

  1. Être assis en train de lire.
  2. Être assis à regarder la télévision.
  3. Être assis et parler à quelqu’un.
  4. Être assis, inactif, dans un lieu public : réunion, cinéma, théâtre.
  5. Être assis au calme après un repas sans alcool.
  6. Être allongé pour se reposer dans l’après-midi, quand les circonstances le permettent.
  7. Être passager en voiture pendant une heure sans interruption, sans conduire.
  8. Être en voiture, arrêté quelques minutes dans un embouteillage.

La cotation est la même pour toutes : 0 si vous ne vous assoupiriez jamais, 1 pour une faible chance, 2 pour une chance moyenne, 3 pour une forte chance.

Comment se lit le total ?

Ici, une précision s’impose, parce que les grilles publiées ne disent pas tout à fait la même chose.

Score Grille diffusée en France Grille internationale issue des travaux de Johns
0 à 5 0 à 7 : sommeil normal et suffisant somnolence diurne normale basse
6 à 7 somnolence diurne normale haute
8 à 10 8 à 10 : qualité moyenne, améliorable
11 à 12 10 à 14 : somnolence excessive, probablement pathologique somnolence excessive légère
13 à 15 somnolence excessive modérée
16 à 24 au-delà de 15 : somnolence très importante, investigation nécessaire somnolence excessive sévère

Les deux grilles se rejoignent sur l’essentiel : au-delà de 10 sur 24, on sort du normal. Elles divergent sur la frontière basse, 7 dans un cas, 5 dans l’autre, et sur le découpage de la zone haute. Un score de 6 est donc « normal haut » selon l’une et « normal » selon l’autre, ce qui ne change rien à la conduite à tenir mais explique qu’on lise des interprétations contradictoires du même chiffre.

Pourquoi deux scores identiques ne disent pas la même chose

C’est le point que les grilles n’abordent jamais, et il change la lecture. Le total agrège 8 réponses, mais il perd leur répartition.

Prenons deux personnes qui obtiennent toutes les deux 12 sur 24.

  • La première a coté 1 ou 2 sur les 8 situations : elle somnole un peu partout, sans jamais s’effondrer. C’est une somnolence diffuse, de fond.
  • La seconde a coté 0 sur cinq situations et 3 sur trois d’entre elles : lire, la télévision, l’après-midi allongée. Ailleurs, rien. C’est une somnolence par accès, déclenchée par des contextes précis.

Même score, même case dans le tableau, et deux tableaux cliniques distincts. La seconde configuration, avec des 3 sur des situations où la vigilance devrait tenir, pèse davantage qu’un score élevé obtenu par accumulation de petits 1. C’est pourquoi un médecin regarde la feuille et pas seulement le total.

Gardez la feuille remplie, pas le chiffre final. Elle contient toute l’information.

Ce que l’échelle ne mesure pas

Elle ne mesure pas la fatigue. Somnolence et fatigue sont deux choses différentes : la somnolence est la propension à s’endormir, la fatigue est un manque d’énergie qui peut très bien s’accompagner d’une impossibilité de dormir. Une personne épuisée mais incapable de s’assoupir aura un score bas, et son problème est réel.

Elle ne pose aucun diagnostic. Un score élevé oriente vers une cause à chercher : dette de sommeil, trouble respiratoire du sommeil, effet d’un traitement, trouble de l’humeur, narcolepsie. Elle ne dit pas laquelle, et elle ne remplace ni l’examen clinique ni l’enregistrement du sommeil.

Elle repose enfin sur une auto-évaluation, avec ce que cela suppose : certaines personnes sous-estiment leur somnolence parce qu’elles s’y sont habituées, d’autres la surestiment après une mauvaise semaine. C’est une raison de plus de l’accompagner d’un agenda du sommeil tenu deux semaines, qui décrit les nuits pendant que l’échelle décrit les journées.

Questions fréquentes

Faut-il répondre en pensant à la semaine écoulée ?

Non, à sa vie habituelle des derniers temps. Une semaine exceptionnelle, avec un décalage ou une charge inhabituelle, fausse le résultat.

Et si je n’ai jamais été dans une des situations ?

Il faut estimer ce qui se passerait. Sauter une ligne fausse le total, puisque le score est construit sur 8 items.

Un score bas exclut-il l’apnée du sommeil ?

Non. Une partie des personnes atteintes ont un score normal, en particulier les femmes, chez qui la plainte s’exprime souvent par la fatigue plutôt que par la somnolence. Le score bas ne rassure pas quand des pauses respiratoires sont rapportées.

Le score peut-il baisser ?

Oui, et c’est ce qui en fait un outil de suivi. Il se refait à distance, après un traitement ou une correction des horaires, pour mesurer l’évolution plutôt qu’un état.

À partir de quel score faut-il consulter ?

Au-delà de 10 sur 24, les deux grilles s’accordent. En dessous, un score modéré avec des 3 sur des situations actives, ou un réveil nocturne qui revient chaque nuit, justifient aussi d’en parler.

Précaution. L’échelle d’Epworth est un outil d’orientation, pas un diagnostic. Un score élevé ne dit pas de quoi il s’agit, et un score bas n’écarte rien. Une somnolence au volant, même isolée, impose d’arrêter de conduire et de consulter sans attendre.

Sources

Sources consultées le 8 septembre 2026, ouvertes une par une, citées en texte simple.

  • Info-Somnolence, fiche « Test d’Epworth, indications et déroulement » : info-somnolence.fr/diagnostics-tests/epworth — les 8 situations, la cotation de 0 à 3 et la grille française d’interprétation
  • Institut national du sommeil et de la vigilance, questionnaire « Échelle de sévérité de la somnolence d’Epworth » : institut-sommeil-vigilance.org — libellé des 8 situations et des 4 modalités de réponse
  • Johns M. W., description initiale de l’échelle, hôpital Epworth de Melbourne, 1991
  • Réseau Morphée, « Les échelles et évaluations cliniques » : reseau-morphee.fr